ton corps

no bra, no chocolat

« POURQUOI TU COMPLEXES PAS ? »

À 16 ans, l’envie d’arrêter de mettre des soutifs m’est arrivée comme une envie d’pi… Et à ce moment-là, je n’avais pourtant pas encore cet esprit engagé ou en tout cas de remise en question, encore moins par rapport à mon corps. Je ne considère pas que j’étais engagée sur quoi que ce soit d’ailleurs. Au contraire, je grandissais dans un milieu où il fallait être la plus belle le week-end pour aller en soirée, après avoir passé plus de temps dans la salle de bain qu’en boîte. Et mettre des soutifs pour moi était particulièrement important durant cette période.

Alors oui, pendant mes années de collège j’ai longtemps porté des soutifs rembourrés par-dessus lesquels je rajoutais des brassières de sport juste pour les remonter et donner l’illusion de plus gros seins. Je ne les détestais pas, mais je ne les appréciais pas non plus. Toutes mes copines avaient une poitrine d’adolescente en pleine puberté, et moi je n’avais rien. Ni seins, ni hanches, ni fesses, aucune forme seulement un petit corps d’enfant de 40kg qui refusait de se développer. Mais mes seins n’ont jamais été un très grand complexe. Ma mère m’a toujours répété : « Les gens t’attaqueront sur des choses uniquement dans le but de te blesser. Mais si tu ne leur réponds pas, si tu n’attaches aucune importance à ce qu’ils disent, ils finiront par arrêter. » (elle parlait en connaissance de cause bien sûr, les petits seins c’est héréditaire hun) Et c’est ce qu’ils ont fait. À force de voir que ce qu’ils me disaient ne me faisait pas broncher, ils ont fini par se taire. 

Il n’empêche que pendant cette courte période, l’apparence était vraiment importante pour moi. Toutes mes copines aimaient se maquiller et prendre soin d’elles. Moi à côté, je mettais du maquillage pour cacher mon visage alors que j’y étais allergique, je superposais les couches de soutifs pour augmenter ma taille de seins au point de ne plus pouvoir respirer et je plaquais mes cheveux avec du gel pour cacher leurs boucles et leur épaisseur. Bref, je modifiais mon image le plus possible afin de ressembler à toutes ces filles autour de moi. 

BYE BYE SOUTIFS

Puis un jour, alors qu’on sortait en soirée, ma meilleure amie m’a prêté un crop-top pour sortir. Un haut vert avec un tissu et des bretelles très fines qui laissaient apparaitre le haut du dos. Autant dire que mettre un soutif avec ce haut n’était pas la chose la plus intelligente à faire. Alors que je réfléchissais à une solution, et c’est là que mon amie m’a simplement conseillé de ne pas en porter. D’abord cette idée me parut folle. Toute une soirée sans soutif ? Mais il pourrait se passer tellement de choses ! Et si on me renverse quelque chose dessus ? Et si un ou une idiote s’amuse à soulever mon haut sans aucune raison ? Et si je pointe ? ET SI MES SEINS TOMBENT !? Bref, au final la soirée était super et j’ai pas perdu de sein. 

Mais ce soir-là j’ai fait une grande découverte : celle de vivre les seins à l’air. La sensation et le plaisir que l’on a le soir en rentrant d’une grosse journée et que l’on retire son soutif, mais constamment ! Une sensation agréable qui dure toute la journée. Mais pourquoi je n’ai pas fait ça plus tôt ? Pourquoi est-ce que j’ai perdu autant d’années de ma vie à compresser mes seins pendant aussi longtemps ? Quel gâchis. Et maintenant il me fallait assumer de ne plus en porter, c’est-à-dire assumer que parfois on puisse voir la forme de mon téton et surtout assumer le fait de ne plus avoir une belle forme de poitrine dessinée. Car oui, les soutiens-gorge jusqu’ici me permettaient, même sans rembourrage d’au moins les dessiner un minimum et ainsi de souligner le fait que ouf, c’est bon j’ai un peu de seins quand même. Or là, sans rien, il n’y a plus de forme, plus rien. Juste des petits seins à peine voyants, mais qui finalement, n’ont pas vraiment besoin de l’être. 

Le plus dur à assumer lorsque j’ai décidé d’arrêter de mettre des soutifs, ça a été d’accepter que parfois la forme de mes tétons puisse apparaître. Pour moi, ce n’était pas possible. Je trouvais ça vulgaire, et on me le faisait beaucoup remarquer. Plusieurs fois on m’a répété que « ça fait moyen », que « c’est vulgaire, on dirait une pute » etc… Pour une forme de téton. J’aurais pu être habillé en sac-poubelle avec un chapeau citrouille sur la tête, si on devinait la moindre forme de téton, je restais VULGAIRE.

Alors ça a été dur de l’accepter. Au début de rajoutais sous mon tee-shirt des « caches tétons », une espèce de petit cercle en silicone qui se collait dessus. Ça marchait bien, ça ne tombait pas et ça ne paraissait pas sous le vêtement. Mais c’était un calvaire. Les tétons ne respiraient pas, devenaient super sensibles et faisaient tellement mal, j’ai vite arrêté. Et à la fin, saoulée de toutes ces histoires de vulgaire ou pas vulgaire, j’ai décidé que j’allais assumer pleinement de ne plus porter de soutifs, que ça pose problème à Robert et Jacqueline ou non. Après tout quand c’est Bernard et Éric ou la bande à Kévin qui se promènent torse nu dans la rue ou à la plage en exhibant leurs tétons ouvertement devant toute la planète, ça ne choque personne. Pourquoi la forme des miens sous un pull dérangerait ? Ah oui c’est vrai, c’est pas très républicain.

5 ANS PLUS TARD 

Aujourd’hui cela fait maintenant 5 ans que j’ai arrêté de porter des soutiens-gorge. Alors oui, il m’arrive encore d’en mettre parfois par pudeur lorsque je trouve un haut trop transparent par exemple. Mais pour tout avouer je n’en ai qu’un seul, un soutif noir simple que j’ai depuis la 6ème (aïe). Mais aujourd’hui l’idée de mettre des soutifs m’est complètement sortie de la tête. Je ne les supporte plus, je trouve ça particulièrement désagréable, j’ai même l’impression de suffoquer lorsque j’en porte un.

Et contrairement à ce que le monde me répétait, non, mes seins ne se sont pas relâchés pour autant au contraire, le fait de ne pas en porter leur a permis de se muscler. D’après moi, les seins n’ont pas besoin d’être soutenus. Nous sommes nés pour que le corps se suffise à lui-même, le soutien-gorge apporte seulement un confort en plus, mais il n’y a pas de raisons que la poitrine s’abime sous prétexte de ne pas en porter. Et d’après le professeur Jean-Denis Rouillon non plus d’ailleurs. J’ai voulu faire des recherches approfondies sur la question, et toutes les pages et articles me ramenaient à lui. Selon l’étude de 15 ans de ce médecin du sport, le soutien-gorge abimerait davantage la poitrine que s’il n’était pas porté. Il explique ainsi que le fait d’en mettre un tous les jours entrainerait la distension voire la dégradation des tissus suspenseurs et qu’au contraire, ne pas en porter raffermirait la poitrine. Mais malgré son étude, le professeur ne renie pas l’utilité du soutien-gorge dans certains cas. Selon l’âge, la taille des seins, le nombre de grossesses ou même apparemment selon le passé tabagique de la femme, il explique qu’en effet, le soutien-gorge peut parfois être une nécessité. 

Pour ma part, j’ai conscience du confort que le soutien-gorge apporte et plus particulièrement pour celles avec une forte poitrine. Je comprends et respecte à 100% celles qui ne se voient pas sans. Mais sachez que même avec une forte poitrine, ne pas porter de soutifs peut-être aussi confortable. Je le sais non pas en connaissance de cause je pense que vous l’avez compris, mais grâce à des femmes qui elles aussi ont décidé de ne plus en porter même avec un 90D ! D’ailleurs les femmes de l’étude de Jean-Denis Rouillon qui ont arrêté d’en porter le disent elles-mêmes également qu’après quelque temps, elles ne ressentent plus aucune gêne et se sentent bien mieux. En tout cas encore une fois, on parle ici d’une décision qui n’importe que toi. Si ça te tente pas d’arrêter les soutifs pour x ou y je te comprends tellement ! Mais je voudrais simplement à travers cet article rassurer celles pour qui l’idée d’arrêter d’en porter leur a traversé l’esprit, mais à qui on a répondu « si t’arrêtes d’en porter tu vas te retrouver avec les seins qui tombent ! », ou « non mais t’imagine on va voir tes seins, pour quel genre de meuf tu vas passer ? ». Bref. Si t’as envie d’arrêter de porter des soutifs mais que tu as peur de ce que nos amis Robert et Jacqueline de la maison d’en face pourraient bien penser, sache qu’une forme de téton n’est pas vulgaire. Parce qu’une forme de téton n’est pas un motif valable d’insulte ou d’agression et encore moins une invitation ou une provocation.

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3 Commentaires

  1. Wouaaaah je me retrouve tellement dans ton histoire ! Moi aussi je portais des soutifs pour faire comme tout le monde, me faire des beaux seins bien remontés avec un maxi push-up pour faire comme-ci j’en avais. Sûrement parce que pour moi c’était ça d’être une femme et que ça me permettais de plaire aux mecs…
    Puis j’ai arrêté d’en porter… Pour moi ça a été du jour au lendemain pendant les vacances d’été. Aucun soucis sauf quand je suis arrivée à la rentrée et que mes amies m’ont fait remarquer “t’as grave perdue des seins, tu devrais en remettre”. Mdr je n’avais rien perdu du tout sauf le maxi push-up qui me donnait 2 tailles de soutifs !
    Aujourd’hui je le sens libre, bien, pas de mauvaise sensation, de bretelle qui gratte et qui te forme un creux sur l’épaule… Et quand un mec me fait remarquer “ah tu pointe, je t’excite ou quoi” je lui répond que tellement pas, et lui fait remarquer que lui aussi quand il fait froid ou que son tee-shirt provoque des frottements contre ses tétons il pointe aussi ! Puis merde un téton qui pointe est ultra beau et naturelle, pourquoi devrait-on cacher cette beauté féminine ?

    1. Totalement d’accord avec toi! Ça procure une telle sensation de liberté…! Tu ne te sens plus contrainte dans tes mouvements ou dans ta respiration mais surtout ne te sens plus contrainte d’en porter un pour le plaisir des autres. En ce qui concerne leurs commentaires… je préfère ne pas revenir là-dessus. Comme tu dis, quand on parle de tétons de gars aucun problème ne se pose mais dès que ce sont des nôtres dont on parle, tout de suite on les sexualises.
      Contente que cet article t’ai fait écho! Je pense du moins, j’espère, que d’autres s’y retrouverons ou en tout cas seront interpellé-e-s de quelconque façon! 🙂

  2. […] vous ai déjà expliqué dans un précédent article qu’à l’âge de 16 ans, j’ai décidé d’arrêter de porter des soutiens-gorge lorsque je me […]

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